Un coup de vent d'ouest, un lundi matin, et un appel. Quinze mètres de panneaux occultants couchés dans le jardin, en un seul morceau. Les poteaux n'étaient pas cassés : ils étaient sortis de terre avec leur plot de béton accroché au bout, comme des dents arrachées avec la racine. Le voisin, lui, avait une clôture ajourée de la même hauteur, posée le même mois. Elle n'avait pas bougé d'un millimètre.
C'est là que j'ai compris que je vendais des voiles de bateau à des gens qui croyaient acheter des murs.
La hauteur se décide en deux temps
D'abord la question administrative. Les hauteurs de clôture, les distances en limite de propriété, les aspects imposés dans certains secteurs : tout ça se lit dans le PLU de la commune et se vérifie au service urbanisme de la mairie. Un coup de fil suffit en général. Je ne donne jamais d'avis là-dessus, je ne suis pas juriste et je ne connais pas la parcelle du lecteur.
Ensuite la question physique, et celle-là je la connais. Chaque dizaine de centimètres gagnée en hauteur ne coûte pas seulement des lames en plus. Elle allonge le bras de levier au sommet du poteau. Une palissade à hauteur de poitrine et une palissade qui dépasse la tête, ce sont deux chantiers différents : sections de poteaux, profondeur d'ancrage, nombre de lisses, tout change.
Ce que je vois le plus souvent, c'est quelqu'un qui veut cacher une fenêtre située à quinze mètres. En s'approchant de sa terrasse, un panneau à hauteur d'épaule fait le même travail qu'une palissade démesurée posée en limite, parce que ce qui compte est l'angle de vue, pas la hauteur absolue. J'ai réglé plusieurs demandes comme ça, en déplaçant l'ouvrage plutôt qu'en le montant.
Plein ou ajouré, la vraie décision
Une palissade pleine cache tout et prend tout. Elle ne laisse rien passer, donc elle transmet l'effort du vent aux poteaux, aux scellements et au sol. Une clôture ajourée en laisse passer une partie, et la différence sur le terrain est spectaculaire : c'est la seule règle que je tienne pour acquise après une trentaine de chantiers par an depuis 2018.
Les compromis que je fais le plus :
- plein jusqu'à hauteur de regard, ajouré au-dessus, ce qui garde l'intimité assise et allège le haut
- des lames espacées de quelques millimètres seulement, invisibles de face mais qui empêchent l'effet mur
- des lames inclinées en pas-de-persienne, qui cachent de face et laissent traverser l'air
- de l'occultation seulement sur les trois ou quatre mètres utiles, et une clôture basse ou une haie sur le reste
Le dernier point est celui qui économise le plus, et personne ne le demande jamais. Occulter toute la limite d'un terrain revient cher, prend du temps, et dans la plupart des jardins que je vois, deux tiers de cette longueur ne sont regardés par personne.
Les essences que je vois passer
Le pin autoclave est ce qui se pose le plus, en marron ou en teinte naturelle, en panneau prêt à poser comme en lames à visser. C'est disponible partout, les sections sont courantes, les pieds de poteaux du commerce sont faits pour ces dimensions.
Le douglas, je le prends quand le client veut du bois brut de sciage sans teinte. Il est plus cher que le pin de première gamme et il arrive souvent en sections plus généreuses, ce qui l'alourdit à la manutention quand on travaille seul. Je le prends quand même quand la palissade est longue et visible, parce que sa fibre supporte mieux les grandes largeurs sans se creuser.
L'épicéa apparaît surtout dans les panneaux vendus en kit. Les exotiques, je n'en pose presque pas en clôture : le prix envoie la plupart des gens vers la terrasse plutôt que vers la palissade, et je les comprends. Le composite existe aussi en clôture, en lames à glisser entre des poteaux ; ce n'est pas le même métier de pose et ça se décide au moment du devis, pas en cours de chantier.
Avant de commander à l'aveugle, je regarde ce qui se scie près de chez moi. Le baromètre du sciage publié ici recense 2 536 communes qui accueillent au moins un établissement de sciage actif. Il y a souvent une adresse pas très loin, et le bois qui a traversé le pays n'arrive pas en meilleur état que celui qui vient d'à côté.
Le sol compte autant que le bois
Chez nous, le sable ne tient pas un poteau de la même façon qu'une terre argileuse. Sur un sol qui draine, l'ancrage se fait plus profond pour trouver de la tenue. Sur un terrain qui garde l'eau l'hiver, ce sont les poussées et le gel qui font sortir les plots. Deux jardins voisins peuvent demander deux réponses.
Je regarde aussi ce qu'il y a autour. Une palissade posée dans un couloir entre deux maisons prend beaucoup plus que la même en fond de jardin derrière une haie. Une clôture qui longe une terrasse surélevée est plus haute par rapport au vent que ne le dit le mètre ruban. Et un muret existant change tout, en bien : monter des lames courtes sur un muret bas donne une hauteur totale confortable avec une prise au vent réduite et un bois qui ne touche plus le sol.
Quand un client hésite, je lui demande de planter deux piquets et de tendre une bâche à la hauteur envisagée, pendant une semaine. Ça ne coûte rien. Deux fois sur trois, la hauteur commandée n'est pas celle qui était prévue au départ.
Ce que je ne saurai pas vous dire
La tenue exacte d'une palissade donnée sur un terrain donné, je ne la calcule pas. Je pose, j'observe, je surdimensionne quand j'ai un doute, et j'ai eu la chance de ne rien voir tomber depuis que je sépare systématiquement les longueurs pleines par des retours ou des décrochements. Pour un ouvrage qui sort de l'ordinaire, très haut ou très exposé, il existe des gens dont c'est le métier de calculer ça. Ce n'est pas moi, et le jour où on m'a demandé une palissade de trois mètres en bord de plateau, j'ai dit non.
Bastien Casaubon
Aménagements extérieurs bois dans les Landes. Terrasses, palissades, clôtures. Il achète en scierie et il explique pourquoi.
Ne prescrit aucun traitement chimique. Ne donne pas de prix au mètre carré. Ne commente aucune règle d'urbanisme : il renvoie au PLU et à la mairie. Il n'est ni juriste, ni technicien bois, ni conseiller en urbanisme.
La page de Bastien →Une palissade pleine prend tout le vent
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1. Comment les quinze mètres de panneaux occultants se sont-ils retrouvés couchés ?
La clôture ajourée du voisin, de même hauteur et posée le même mois, n'avait pas bougé d'un millimètre.
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2. Que change chaque dizaine de centimètres gagnée en hauteur ?
Entre une palissade à hauteur de poitrine et une palissade qui dépasse la tête, les sections de poteaux et la profondeur d'ancrage ne sont plus les mêmes.
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3. Pourquoi déplacer l'ouvrage règle-t-il parfois une demande d'occultation ?
Un panneau à hauteur d'épaule près de la terrasse cache la même fenêtre située à quinze mètres qu'une palissade démesurée posée en limite.
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