J'ai devisé un entrelacé sur onze mètres en comptant deux jours. J'en ai mis quatre. Le principe est simple sur le papier : des planches fines qui passent devant puis derrière des montants intermédiaires, en vague. Sauf que la planche qui se cintre bien à un mètre du sol refuse de se cintrer à hauteur d'épaule, que les épaisseurs livrées n'étaient pas toutes identiques, et qu'il a fallu que je fasse tremper les plus raides. Le client a eu sa palissade. J'ai travaillé deux jours pour rien.
Depuis, quand on me montre une photo sur un téléphone, je regarde d'abord ce qu'elle cache. J'en ai à peu près six cents dans un dossier, des palissades photographiées chez les autres, sur des trottoirs, dans des lotissements. Presque toutes ont un piège quelque part.
Le claustra, simple à comprendre, dur à faire tomber juste
Des lames verticales, un vide entre chaque, on voit un peu à travers. C'est la palissade originale la plus demandée et de loin la plus facile à rater.
Le problème est arithmétique. Une longueur de clôture ne se divise presque jamais en un nombre rond de lames plus de vides. Si on pose au jugé, on finit avec une dernière lame collée à son voisin ou un vide double, et c'est exactement l'endroit où l'œil se pose. J'ai pris l'habitude de dessiner le rythme avant de commander, en calculant sur la longueur réelle mesurée au ruban, pas sur la longueur du plan.
Ce qui rend un claustra intéressant, c'est justement de casser ce rythme. Un vide qui s'élargit progressivement sur trois mètres, ça donne un dégradé qui masque quand on est en face et qui s'ouvre quand on marche le long. J'en ai fait quatre ou cinq. Ça demande un plan de pose lame par lame, numéroté, sinon on se perd au bout du deuxième mètre.
Un claustra se voit des deux côtés. Donc du bois raboté sur quatre faces, chants compris. C'est plus cher qu'une lame de clôture standard brute de sciage, et je ne fais plus autrement : sur un panneau ajouré, un chant scié se voit à un mètre.
L'entrelacé et le tressé : compter le temps en double
C'est joli et c'est long. Il n'y a pas d'astuce.
Ce que ça demande en plus d'une palissade droite :
- des montants intermédiaires supplémentaires entre les poteaux, sinon la vague est molle
- du bois fin, souple, sans nœud traversant, sinon la planche casse au cintrage
- de la place devant et derrière pour passer les mains, donc pas d'entrelacé contre un mur
- une manutention à deux sur les grandes longueurs, alors que je travaille seul la plupart du temps
Sur les hauteurs importantes, les planches du haut sont celles qui posent problème : elles sont plus longues à mettre en tension et elles reviennent en arrière quand on lâche. J'ai vu des entrelacés se relâcher au bout de deux saisons et perdre leur vague. Depuis, je limite la longueur de chaque panneau tressé et je multiplie les montants.
Les lames inclinées, ou pas-de-persienne
Des lames posées en biais, en recouvrement partiel, qui bouchent la vue de face et laissent passer l'air. C'est ma préférée et c'est celle que je vends le moins, parce que la préparation est lourde.
Chaque lame demande une coupe d'onglet à ses deux extrémités, et l'angle est le même partout, ce qui veut dire un gabarit et une scie circulaire réglée une bonne fois. Les supports aussi sont particuliers : les lames ne se vissent pas à plat sur une lisse, elles reposent sur des tasseaux entaillés à l'angle, ou sur des montants latéraux rainurés. Une rainure de montant, c'est du sur-mesure, et un montant raté c'est tout le panneau à refaire.
Le rendu vaut le travail. De face on ne voit rien, de trois quarts on voit le jardin, et le vent traverse sans pousser sur la clôture. C'est ce que je pose chez moi.
Casser la ligne de tête plutôt que la façade
La transformation la moins chère, celle que je fais le plus souvent quand le budget ne suit pas : garder une palissade en lames verticales toutes simples et jouer sur la ligne du haut. Une découpe en pente douce sur quatre mètres. Une hauteur qui descend à l'approche de la terrasse. Un décrochement franc là où la clôture change d'orientation.
Ça ne coûte que du temps de traçage et quelques coupes en plus, alors qu'une palissade entièrement ajourée demande plus de lames, plus de fixations et plus de manipulation. Autre variante peu coûteuse : alterner deux largeurs de lames selon un motif répété. Le bois est le même, la commande est un peu plus longue à passer, le résultat n'a plus rien d'un panneau de série.
Ce que ça change à l'achat
Une palissade standard s'achète en panneau prêt à poser ou en lames de section courante. Dès qu'on sort de ça, on passe par du débit sur mesure, et la démarche change. Largeur exacte, épaisseur exacte, longueurs identiques au millimètre pour un claustra, planches fines et souples pour un tressé.
C'est pour cette raison que j'achète mon bois en scierie plutôt qu'en grande surface. Sur les 1 123 établissements de sciage actifs qui déclarent au moins un salarié au relevé Sirene, 60,9 % emploient moins de dix personnes. Ce sont ces maisons-là qui prennent le temps de sortir quarante lames à une largeur qui n'est pas au catalogue. Elles ne le font pas toujours, et elles ne le font pas toujours vite, mais elles décrochent le téléphone.
L'autre poste qui change, c'est la quincaillerie. Une palissade originale a plus de pièces : montants intermédiaires, tasseaux, équerres, parfois des inserts métalliques. Sur un pas-de-persienne, j'ai compté trois fois plus de points de fixation que sur une clôture pleine de la même longueur.
Ce que je ne fais pas
Les palissades courbes en plan, celles qui suivent une allée en arc de cercle. J'ai essayé une fois, en segmentant. Vu de loin, c'était une suite de facettes, pas une courbe. Ça demande des poteaux très rapprochés et des lames étroites, et à ce stade le chantier n'a plus rien à voir avec ce que j'avais annoncé.
Je ne traite pas non plus des hauteurs autorisées ni des distances à respecter en limite de propriété, et pour une palissade qui sort de l'ordinaire la question se pose souvent. Le PLU de la commune le dit, et la mairie répond au téléphone quand le document reste obscur. Je n'ai pas de compétence là-dessus et je ne m'avance jamais.
Bastien Casaubon
Aménagements extérieurs bois dans les Landes. Terrasses, palissades, clôtures. Il achète en scierie et il explique pourquoi.
Ne prescrit aucun traitement chimique. Ne donne pas de prix au mètre carré. Ne commente aucune règle d'urbanisme : il renvoie au PLU et à la mairie. Il n'est ni juriste, ni technicien bois, ni conseiller en urbanisme.
La page de Bastien →Ce que cache une belle palissade
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1. Pourquoi un claustra se rate-t-il si souvent sur sa dernière lame ?
Poser au jugé finit par un vide double ou deux lames collées, juste à l'endroit où l'oeil se pose. Le rythme se dessine avant la commande, sur la longueur relevée au ruban plutôt que sur celle du plan.
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2. Qu'est-ce qui limite la longueur de chaque panneau dans une palissade entrelacée ?
Au cintrage, les planches du haut reviennent en arrière quand on les lâche, et des entrelacés ont perdu leur vague en deux saisons. Multiplier les montants intermédiaires garde la forme en tension.
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3. Qu'est-ce qu'une pose de lames inclinées demande de plus qu'une clôture pleine ?
L'angle étant le même partout, un gabarit et une scie réglée une bonne fois servent pour toute la série. Un montant rainuré raté oblige en revanche à refaire le panneau entier.
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