On m'a rappelé l'an dernier pour une palissade que j'avais posée en 2019. Au téléphone, le monsieur me dit qu'elle penche. J'arrive : les lames sont impeccables. Grises, mais saines. Pas une fente traversante sur toute la longueur. Deux poteaux sur onze étaient cassés net au ras de la terre, et le reste ne tenait plus que par les lisses. J'avais scellé au béton en laissant une petite cuvette autour du bois. Elle prenait l'eau à chaque pluie et la gardait. Ça ne se voit pas pendant trois ans.
Une palissade ne vieillit pas d'un bloc. Elle vieillit par endroits, et les endroits sont toujours les mêmes.
Le gris arrive vite et ne casse rien
C'est la première chose qu'on me signale et la moins grave. Un pin autoclave marron perd sa teinte, un douglas passe du rosé au brun puis au gris, et au bout de deux étés les deux faces ne sont plus de la même couleur parce que l'une prend le soleil et l'autre non. Sur une palissade exposée plein sud, j'ai vu la différence s'installer en un seul été.
Ce gris ne touche que la surface. J'ai démonté des lames grises pour les remonter ailleurs : sous le rabot, le bois était de la même couleur qu'au jour de la livraison. Ce qui abîme réellement, c'est l'eau qui stagne et le bois qui bouge, pas la couleur.
Un détail qui trompe beaucoup de monde : les faces qui sèchent mal restent vertes ou noires par plaques. Le nord d'une clôture, le bas d'un panneau contre une haie, l'arrière d'un poteau collé à un muret. Ces zones-là ne grisent pas, elles se salissent, et c'est un signal différent.
Le pied de poteau, c'est là que ça meurt
Sur toutes les palissades que j'ai reprises depuis que je suis à mon compte, la casse a commencé au pied du poteau dans la grande majorité des cas. Pas au milieu, pas en haut. Au ras du sol, sur cinq ou dix centimètres, là où le bois est mouillé la moitié de l'année et sec l'autre moitié.
Ce que j'ai vu revenir le plus souvent :
- des poteaux enfoncés directement en terre, qui tiennent quelques années puis se cassent d'un coup, sans prévenir, au premier coup de vent sérieux
- des scellements béton dont le dessus est plat ou creux, donc qui retiennent l'eau contre le bois
- des pieds de poteaux métalliques posés sur une dalle sans aucune pente, avec la platine qui fait baignoire
Depuis, je scelle avec le béton arrondi vers l'extérieur, ou je monte sur des pieds de poteaux qui décollent le bois du sol. Les pieds coûtent plus cher que du béton, et je les prends quand même : quand un poteau lâche, ce n'est jamais le poteau seul qu'on refait, c'est trois mètres de palissade démontée lame par lame.
Les fixations tiennent plus longtemps que leur trou
La vis en elle-même part rarement. Ce qui arrive, c'est que le bois travaille autour d'elle. Une lame large se dilate en hiver, se rétracte en été, et le trou finit ovale. La lame ne tombe pas, elle joue. Un ou deux millimètres, on ne le voit pas. Puis la lame prend le vent, le jeu s'ouvre, et là on l'entend claquer.
L'autre chose, ce sont les coulures noires. Une fixation qui s'oxyde tache le bois en dessous, une traînée sombre par vis, et sur une palissade de quinze mètres ça se remarque de loin. J'en ai récupéré une comme ça, posée par le propriétaire avec de la visserie achetée au poids. Toutes les lames étaient bonnes. Le rendu était fichu.
Les lames : celle du bas paie pour les autres
Sur une palissade en lames verticales, la lame du bas touche presque toujours quelque chose : la terre, le gravier, l'herbe qui remonte, la terrasse en pente. C'est celle-là qui noircit en premier et qui se démonte en premier. J'ai pris l'habitude de laisser de l'air en dessous, et quand le terrain ne le permet pas, je monte la palissade sur un muret bas et je perds la question.
Le tuilage, c'est l'autre chose visible. Une lame large finit par se creuser en gouttière, elle se relève sur les bords, et si elle est fixée par un seul point au milieu elle vrille franchement. Les lames étroites bougent moins. Sur les panneaux occultants du commerce, les lames sont souvent fines et serrées, et la casse arrive ailleurs. Le cadre. Le montant du panneau reçoit tout l'effort du vent, il se fend au niveau des agrafes, et le panneau entier se met en losange alors que les lames vont très bien.
Le composite ne vieillit pas mieux, il vieillit autrement. Pas de gris, pas de fente, mais une décoloration nette la première année et un allongement des lames à la chaleur qu'on ne voit pas sur du bois. J'en ai posé, je n'ai rien contre. Autre chantier, autres réserves.
Ce que je regarde avant de dire si une palissade est finie
Quand on me demande de venir voir, je fais toujours le même tour. Je pousse chaque poteau à la main, en haut, franchement. Un poteau sain ne bouge pas du tout. Je gratte le pied avec la pointe d'un tournevis : si ça rentre comme dans du beurre sur un centimètre, c'est mort, même si le reste du poteau sonne plein. Je regarde le dessous de la lisse basse, souvent plus abîmé que le dessus. Et je passe la main sur les lames pour repérer celles qui jouent.
La plupart du temps, la structure est morte et l'habillage est bon. C'est frustrant pour le propriétaire, parce que ce qu'il voit tous les jours va bien. J'ai déjà remonté des lames de quatre ans sur des poteaux neufs, et le résultat est propre : les lames récupérées ont une teinte homogène que le bois frais met deux ans à prendre.
Ce dont je ne parle pas ici, c'est des produits. On me demande souvent quoi passer dessus, à quelle fréquence, et je n'ai pas de réponse à donner : je pose du bois, je ne le traite pas, et ce que j'ai vu tenir tenait par sa géométrie et son drainage bien plus que par ce qu'on avait mis en surface. Pour la teinte et l'entretien, il y a des gens qui vendent ça et qui savent en parler. Moi je regarde les pieds de poteaux.
Bastien Casaubon
Aménagements extérieurs bois dans les Landes. Terrasses, palissades, clôtures. Il achète en scierie et il explique pourquoi.
Ne prescrit aucun traitement chimique. Ne donne pas de prix au mètre carré. Ne commente aucune règle d'urbanisme : il renvoie au PLU et à la mairie. Il n'est ni juriste, ni technicien bois, ni conseiller en urbanisme.
La page de Bastien →Par où meurt une palissade
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1. Jusqu'où va le gris qui s'installe sur des lames de palissade ?
Des lames grises ont été démontées puis remontées ailleurs sans rien perdre, alors que l'eau stagnante, elle, avait déjà travaillé.
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2. Où la casse commence-t-elle sur la plupart des palissades reprises des années après la pose ?
À cet endroit, le bois passe la moitié de l'année mouillé et l'autre moitié sec, et un scellement au dessus creux garde l'eau contre lui.
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3. Qu'est-ce qui explique qu'une lame se mette à claquer au vent au bout de quelques saisons ?
Le jeu commence à un ou deux millimètres que personne ne voit, puis la lame prend le vent et l'ouverture s'accentue.
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