Ma première palissade en lames verticales à mon compte, je l'ai commencée par le bout le plus proche du fourgon. Sans réfléchir. Vingt-deux mètres plus loin, la dernière lame faisait trois centimètres de large et se trouvait pile à l'angle qu'on voit depuis la porte d'entrée. J'ai tout redémonté sur les six derniers mètres pour rattraper la moitié de l'écart. Un vide de deux millimètres en plus par lame ne se voit pas. Une lame de trois centimètres, si.
Depuis, je ne visse plus rien avant d'avoir posé le calcul sur un papier et le cordeau sur le terrain.
L'implantation, puis les poteaux, puis rien d'autre
Je tends un cordeau entre les deux extrémités de la clôture, à hauteur de genou, et j'en tends un second en haut une fois les poteaux debout. Le premier donne l'alignement, le second donne la ligne de tête. Sur un terrain en pente, la ligne de tête suit soit le sol, soit l'horizontale par redans : les deux se défendent, mais mélanger les deux au milieu d'une longueur se voit à dix mètres.
L'entraxe des poteaux se décide avant l'achat des lisses, puisque les lisses se coupent dessus. Chez moi il tombe autour de deux mètres, un peu moins quand la palissade est haute ou pleine. Ce que je ne fais plus : caler les poteaux sur les longueurs de lisse achetées, en oubliant qu'une lisse finit sur un poteau, jamais dans le vide.
Une fois les poteaux d'aplomb, je laisse le béton faire son travail et je ne touche plus à rien de la journée. J'ai déjà vissé des lisses le matin même sur des scellements de la veille au soir, en pleine chaleur, et je me suis retrouvé avec deux poteaux qui avaient tourné d'un quart de degré. Personne n'a rien vu. Moi, je le sais.
Les lisses portent tout, les lames ne portent qu'elles-mêmes
Deux lisses au minimum sur les hauteurs courantes, une haute et une basse, ni l'une ni l'autre tout à fait à l'extrémité : je les rentre pour que la lame dépasse un peu en haut et en bas, ce qui rattrape les petites différences de longueur des lames. Au-delà d'une certaine hauteur j'en mets une troisième au milieu, et la palissade change immédiatement de caractère : elle cesse de vibrer quand on la pousse.
Deux points sur lesquels je me suis fait avoir :
- une lisse posée de champ tient nettement mieux qu'une lisse posée à plat, mais elle offre moins de surface de vissage aux lames
- la lisse basse est celle qui prend l'humidité qui remonte, donc je la laisse respirer sur ses deux faces et je ne la colle pas contre un muret
La garde au sol se décide à ce moment-là. Je laisse de l'air sous les lames. Sur un terrain irrégulier, je préfère une garde plus généreuse et une ligne du bas propre plutôt qu'un suivi de sol au millimètre qui finit toujours par toucher quelque part.
L'écartement se tient avec un bout de bois, pas à l'œil
Le vide entre lames, je le tiens avec un tasseau témoin coupé à la bonne épaisseur, que je glisse contre la lame précédente à chaque fois. Deux témoins en réalité, un en haut, un en bas, sinon la lame part en biais sans qu'on s'en rende compte. C'est le geste le plus bête du chantier et c'est celui qui fait la différence entre une palissade posée droite et une palissade posée à peu près.
L'épaisseur du témoin dépend d'une chose : l'état du bois à la livraison. Du bois qui arrive lourd, encore humide, va rétrécir en largeur en séchant. Le vide s'ouvre tout seul. Sur une palissade que je voulais bien occultante, j'ai posé serré et j'ai vu les jours apparaître au bout de deux étés. À l'inverse, du bois sec posé bord à bord peut coincer et faire tuiler ses voisines. Je pose donc avec un jeu, plus ou moins généreux selon ce que je sens en portant les lames.
Et je calepine avant. Je mesure la longueur réelle entre les deux extrémités visibles, je divise par le pas d'une lame plus son vide, et j'ajuste le vide de quelques dixièmes pour tomber juste. Quand la longueur ne se laisse pas faire, je place la lame bâtarde à l'endroit le moins regardé, derrière un poteau ou dans un angle, jamais au milieu d'un panneau.
La fixation, lame par lame
Deux vis par croisement de lame et de lisse. Sur une lame étroite, une seule vis suffirait à tenir, mais la lame pivote et finit de travers ; avec deux points, elle reste où on l'a mise. Sur une clôture en lames de largeur courante avec deux lisses, j'arrive autour d'une trentaine de vis au mètre linéaire. C'est le genre de chiffre qu'on découvre au moment de la commande.
Je pré-perce systématiquement dans les quinze derniers centimètres de la lame, en haut comme en bas. Une lame de clôture fend par le bout et pas ailleurs. Le pré-perçage coûte du temps, il évite de refaire.
Pour les lames larges, je ne bride pas les deux bords sur la même lisse avec des vis serrées à fond : le bois travaille en largeur et il finit par fendre entre les deux points. Je serre sans écraser. La tête affleure et ne s'enfonce pas dans la fibre, sinon elle fait une cuvette qui retient l'eau.
Et puisque personne ne me le demande jamais : l'empreinte de tête compte. J'ai posé au cruciforme pendant des années, avec un embout qui ripe au troisième tour et une tête arrondie qu'on ne ressort plus jamais. Je suis passé aux empreintes en étoile à six branches, l'embout tient dans la vis tout seul, et sur une palissade où je visse plusieurs centaines de points dans la journée, ça se compte en heures. Personne ne veut m'entendre là-dessus. Je le note quand même.
La dernière lame, la tête, et ce que je laisse de côté
La coupe de tête, je la fais en place, à la scie circulaire guidée sur une règle tendue au cordeau, une fois toutes les lames vissées. Couper les lames une par une avant la pose donne toujours une ligne qui ondule légèrement.
Reste la question du sens de pose. Une lame de clôture a une face plus belle que l'autre, et une palissade se voit des deux côtés quand elle est en limite. J'alterne parfois une lame devant les lisses, une lame derrière : les deux faces se ressemblent et la palissade coupe la vue depuis les deux jardins. Ça consomme plus de bois pour la même longueur, et je le dis au moment du devis, pas après.
Ce que je ne traite pas ici : la hauteur permise, la distance à la limite, l'accord du voisin. Ça se règle avec le PLU et la mairie avant de commander le bois, pas une fois les poteaux dans le béton.
Bastien Casaubon
Aménagements extérieurs bois dans les Landes. Terrasses, palissades, clôtures. Il achète en scierie et il explique pourquoi.
Ne prescrit aucun traitement chimique. Ne donne pas de prix au mètre carré. Ne commente aucune règle d'urbanisme : il renvoie au PLU et à la mairie. Il n'est ni juriste, ni technicien bois, ni conseiller en urbanisme.
La page de Bastien →La dernière lame ne tombe jamais juste
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1. Qu'est-il arrivé sur la palissade commencée par le bout le plus proche du fourgon ?
Six mètres ont été redémontés pour rattraper la moitié de l'écart, alors que deux millimètres de vide en plus par lame seraient passés inaperçus.
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2. À quoi sert le tasseau témoin glissé contre la lame précédente ?
Avec un seul témoin, la lame part en biais sans que ça se remarque, donc ils vont par deux.
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3. Que devient un vide de pose serré quand les lames arrivent lourdes et encore humides ?
Le bois rétrécit en largeur en séchant, ce qui a transformé une palissade voulue bien occultante en clôture ajourée.
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