Ma première terrasse à mon compte a tenu un an. Au printemps suivant, deux lames sonnaient creux sous le pied et une rive avait pris du jeu d'un côté. Le client a cru que le bois était mauvais. Le bois n'y était pour rien : j'avais monté la structure en une matinée, parce qu'à l'époque je pensais que le vrai travail commençait avec les lames. J'ai tout démonté, j'ai refait le dessous, j'ai reposé les mêmes lames. Elles sont encore là.
La chaîne d'appuis
Une terrasse, c'est quatre étages qui se passent une charge. La lame prend le pied de celui qui marche et la donne à la lambourde. La lambourde la donne à son appui, plot ou dalle. L'appui la donne au sol. Et le sol, c'est le seul étage que je ne fabrique pas.
Chaque étage ne vaut que par celui d'en dessous. Une lambourde en belle section posée sur un plot qui s'enfonce ne sert à rien. Un plot parfaitement calé sous une lambourde trop espacée de sa voisine ne sert à rien non plus. Quand quelque chose bouge sur une terrasse, l'origine est presque toujours plus bas que l'endroit où ça se sent.
L'entraxe, ce que le pied comprend avant les yeux
L'entraxe, c'est la distance entre deux lambourdes, mesurée d'axe à axe. C'est le réglage qui décide de la sensation qu'on a en marchant.
Une lame fine sur des appuis espacés fléchit. Ça ne se voit pas, ça se sent : la terrasse rebondit légèrement, surtout au milieu des grandes portées. Et une lame qui fléchit à chaque passage travaille ses vis. Les vis finissent par ovaliser leur logement dans la lambourde, la tête s'enfonce, le point de fixation prend du jeu, et deux ans plus tard on a une terrasse qui grince à quatre endroits précis. Toujours les mêmes quatre.
Le rapport se joue entre l'épaisseur de la lame et la distance entre deux appuis. Plus la lame est mince, plus je resserre. J'ai resserré mes entraxes avec les années : sur mes premiers chantiers je posais mes lambourdes bien plus écartées qu'aujourd'hui, et je les rapproche maintenant d'un bon cran. Ma vérification, elle est bête : structure montée, je pose une lame en travers et je marche dessus avec mes chaussures de chantier, entre deux appuis. Si je sens la lame descendre sous mon poids, j'ajoute une lambourde. Ça coûte du bois. Je préfère le bois au grincement.
Là où je resserre systématiquement, c'est en bout de lame. Le dernier appui près d'une coupe reprend un porte-à-faux, et le bout d'une lame est la partie qui fend le plus.
Ce qu'il y a sous les plots
Un plot réglable est un excellent outil de mise à niveau, et un très mauvais outil de portance. Il transmet, il ne porte pas. Ce qui porte, c'est ce qu'il y a dessous.
J'ai vu des terrasses descendre de plusieurs centimètres en trois saisons parce que les plots étaient posés sur un remblai récent, celui qu'un terrassier a repoussé contre la maison à la fin d'un chantier de construction. Un remblai frais se tasse. Il se tasse pendant des mois, et pas de façon régulière : il descend plus vite là où il est le plus épais. C'est comme ça qu'on obtient une terrasse en biais alors que tout était de niveau à la pose.
Ce que je fais, moi : je décaisse jusqu'à retrouver un sol qui ne bouge plus, je compacte, et j'élargis l'assise sous chaque appui plutôt que de tout jouer sur un point. Sur un terrain argileux, qui gonfle l'hiver et se rétracte l'été, je descends plus bas et j'élargis encore. C'est plus long, ça consomme du gravier ou du béton, et c'est le poste où je passe le plus de temps pour quelque chose que personne ne verra jamais. C'est aussi le seul poste où je n'ai jamais regretté d'en avoir fait trop.
Les plots réglables, je les prends quand le sol est sain et que le rattrapage de niveau est faible. Dès que la hauteur monte ou que le terrain est douteux, je passe sur des appuis maçonnés. Plus cher, plus sale, plus lent. Mais un appui maçonné, je sais sur quoi il repose.
Le vide, et les bouts de bois
Entre la structure et le sol, je laisse de l'air. Une lambourde posée à même la terre reste humide en permanence : le sol lui donne de l'eau par le dessous et les lames l'empêchent de sécher par le dessus. J'ai démonté des structures où la lambourde était saine sur toute sa longueur et morte sur les vingt derniers centimètres, là où elle touchait le remblai.
Ce sont les bouts qui partent en premier. Une coupe fraîche boit par la fibre, beaucoup plus vite qu'une face. Alors quand je débite mes lambourdes, je surveille où tombent les coupes, et je m'arrange pour qu'un bout ne se retrouve jamais en fond de cuvette ni contre un mur, coincé dans un angle où l'air ne circule pas. Sur les appuis, je pose une cale qui sépare le bois du support, pour que l'eau qui descend le long du plot ne remonte pas dans la lambourde par capillarité.
Je ne conseille aucun produit là-dessus. Je ne suis pas technicien bois, je ne saurais pas dire ce qui tient dix ans, et j'ai vu trop de terrasses traitées pourrir quand même par le point de contact. Ce sur quoi j'ai un avis, c'est le vide et la circulation d'air, parce que ça, je l'ai vu marcher.
La visserie, et la seule chose que je regarde vraiment
Inox pour tout ce qui reste dehors. Les vis ordinaires laissent des coulures noires sur les lames au bout de deux hivers, et une tête qui se corrode se démonte mal le jour où on veut rouvrir la terrasse.
Sur les empreintes de tête, j'ai un avis très arrêté. Personne ne me l'a jamais demandé.
Le vrai sujet, c'est que la vis n'a pas le même travail à chaque étage. Entre lame et lambourde, elle plaque : elle doit tenir une pièce qui va gonfler, sécher et se cintrer pendant des années. Entre lambourde et appui, elle positionne, elle ne porte pas : la charge descend par appui direct, la fixation empêche seulement le déplacement. Confondre les deux mène à visser trop fort en bas et pas assez en haut.
Ce qu'on ne rattrape plus
À partir du moment où la première lame est vissée, la structure est fermée. Tout ce qui se passe dessous devient inaccessible, sauf à démonter par le dessus, et un démontage propre demande de la patience : les vis sortent mal après un ou deux hivers, et une lame retirée en force ne se repose jamais tout à fait pareil.
Alors avant de poser, je fais une dernière tournée. Je marche sur les lambourdes nues, appui par appui, et je cherche le point mou. S'il y en a un, il est encore réparable ce jour-là. C'est vingt minutes.
Sur les structures en acier galvanisé, je n'ai rien à dire d'utile : j'en ai vu, je n'en monte pas, je travaille seul et je n'ai ni l'outillage ni l'habitude. Une structure qu'on connaît mal se monte mal. Quand j'en croise une, ce que je regarde en premier reste pourtant la même chose que sur les miennes : la hauteur de vide sous la terrasse, et si l'eau qui tombe entre les lames a vraiment un chemin pour s'en aller.
Bastien Casaubon
Aménagements extérieurs bois dans les Landes. Terrasses, palissades, clôtures. Il achète en scierie et il explique pourquoi.
Ne prescrit aucun traitement chimique. Ne donne pas de prix au mètre carré. Ne commente aucune règle d'urbanisme : il renvoie au PLU et à la mairie. Il n'est ni juriste, ni technicien bois, ni conseiller en urbanisme.
La page de Bastien →Ce qui tient sous les lames
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1. Que désigne l'entraxe dans une structure de terrasse ?
C'est le réglage qui décide de la sensation sous le pied, puisqu'il fixe la portée que chaque lame doit franchir.
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2. Que se passe-t-il quand une lame fléchit à chaque passage ?
La tête s'enfonce, le point de fixation prend du jeu, et le grincement revient toujours aux mêmes endroits.
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3. Pourquoi une terrasse posée de niveau sur un remblai récent peut-elle finir en biais ?
Ce qui porte se trouve sous le plot, qui se contente de transmettre la charge vers le bas.
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