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Plot de chêne remis en pile pour le séchage à l'air

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PLATEAUX & BOIS BRUT · 2026-10-14 · 5 min de lecture

Un plateau de table en massif : ce qu'il faut demander au scieur

Les questions qui décident d'un plateau de table en bois massif : la largeur que l'arbre donne, le rang dans le plot, le cœur, l'aubier et l'état de séchage.

Patrice BouhelierLa scierie vue de dedans · Morteau (Doubs)
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« Je voudrais un plateau de chêne, deux mètres sur un mètre. » On entendait cette phrase toutes les semaines. La longueur, presque toujours possible. La largeur, ça dépend entièrement de l'arbre qui est passé sous la scie, et personne ne peut la fabriquer.

Ce qu'un plot peut donner

Un plot, c'est une grume rouverte en tranches, remise dans l'ordre où elle a été sciée, et empilée sur lattes. Les planches du milieu sont les plus larges. Celles du dessus et du dessous sont étroites, pleines de flache, avec beaucoup d'aubier sur les rives.

Quand quelqu'un demande un plateau, le scieur va chercher dans quel plot il peut le prendre et à quel rang. Ce rang décide de choses qu'on verra sur la table pendant trente ans : le dessin du fil, le sens dans lequel la planche va tuiler, la présence ou non du cœur.

La planche qui contient le cœur, celle qui est pile au milieu, est la plus large de toutes et c'est la plus mauvaise pour un plateau d'un seul tenant. Le cœur fend. Il fend en séchant, il continue de fendre après, et une fente qui traverse un plateau de table ne se rattrape pas. On la sortait à part et on l'envoyait ailleurs. Ceux qui insistaient pour l'avoir, parce qu'elle était large et parce qu'ils la trouvaient belle, on les laissait faire en le disant.

La largeur, c'est l'arbre qui la fixe

Un plateau d'une seule pièce ne dépasse pas ce que le tronc contenait. On enlève l'écorce, on enlève l'aubier quand on n'en veut pas, on met les rives droites, et il reste bien moins de largeur que le diamètre annoncé. Sur un chêne de belle taille, la différence entre ce qu'on croit acheter et la planche utilisable est de plusieurs centimètres par côté.

D'où deux réponses possibles au téléphone, et elles n'ont rien à voir l'une avec l'autre. Un plateau d'une pièce, avec la largeur qu'il a. Ou un panneau fait de plusieurs lames collées bord à bord, à la largeur qu'on veut. Le second sort d'un atelier de collage. Une scierie peut en revendre, elle en fabrique rarement, et la question se pose au téléphone avant de prendre la route.

Une planche large d'un seul tenant, avec son fil et ses défauts, ne se remplace par rien. Un panneau assemblé donne la dimension exacte qu'on a écrite sur le papier. Je n'ai jamais eu à trancher entre les deux pour moi-même et je ne vais pas trancher pour quelqu'un d'autre.

Les questions qui changent la réponse

Ce que les gens repartis contents avaient demandé, dans le désordre.

  • À quelle épaisseur la planche a été sciée, et pas seulement ce qu'elle mesure aujourd'hui. Une planche sciée épaisse et déjà reprise n'a plus la même réserve de matière qu'une brute jamais touchée.
  • Depuis quand elle est là, et où. Sous hangar ouvert, sous hangar fermé, ou passée en séchoir. Ces trois-là ne donnent pas le même bois.
  • Le dernier relevé d'humidité et la date de ce relevé.
  • Si les têtes ont été badigeonnées à l'entrée en pile. Une planche dont les bouts n'ont pas été protégés a des fentes en bout, et ces fentes obligent à recouper, ce qui change la longueur disponible.
  • S'il est possible de venir la choisir soi-même dans le plot.

Cette dernière question était la plus rentable pour tout le monde. Un plateau, ça se regarde. Deux planches du même arbre, l'une à côté de l'autre, n'ont pas le même dessin ni la même couleur. Quelqu'un qui vient avec un mètre et une craie repart avec la planche qu'il a choisie, et il ne rappelle pas trois semaines plus tard pour dire que ce n'est pas ce qu'il imaginait.

Les bords, l'aubier, les nœuds

Un plateau à bords naturels garde la forme du tronc, avec la flache et parfois un reste d'écorce. Ça se demande explicitement, parce que l'atelier a le réflexe de mettre les rives droites : un avivé, c'est plus facile à empiler, à charger, et c'est ce que la majorité des clients veulent.

L'écorce ne tient pas. Elle se décolle en séchant, souvent par plaques, et elle abrite des bêtes. Ceux qui gardaient le bord naturel la retiraient et brossaient dessous.

L'aubier est la partie claire, en périphérie. Il est plus tendre et il n'a pas la durabilité du duramen. Sur une table d'intérieur, ça se discute, c'est une question d'aspect avant tout. Sur les plateaux de chêne larges, il y en a des deux côtés et le supprimer revient à perdre encore de la largeur.

Les nœuds, on ne les enlève pas, on les choisit. Un nœud vivant, entouré de fil qui le contourne, tient. Un nœud noir cerné d'une ligne d'écorce est un nœud sautant : il partira, tôt ou tard, et il laissera un trou traversant. Sur les plateaux qui partaient en table, on les cherchait à la lampe torche, en rasant la face.

Sur les essences, je m'en tiens à ce que j'ai eu sous les yeux en quantité. Le chêne et les résineux du pays, tous les jours pendant quarante ans. Le frêne et le noyer, quelques plots par an, pas de quoi affirmer grand-chose.

Ce qu'on ne demande pas au scieur

Le vernis, l'huile, le ponçage fin, les pieds, la fixation du plateau sur le piètement, le rattrapage d'une fente à la résine. Rien de tout ça ne se fait dans un hangar de sciage. On livrait des faces brutes de scie, ou rabotées quand l'atelier avait une raboteuse assez large, ce qui est loin d'être le cas partout.

Les créations d'établissements de sciage enregistrées au répertoire Sirene sont passées de 86 en 2018 à 185 en 2024 et 169 en 2025. Depuis que j'ai arrêté, je croise surtout des installations légères : une scie mobile, un homme, qui débite à façon chez le client et vend des plots entiers. Ceux-là, quand ils ont une grume de belle taille, ils le savent avant d'ouvrir.

Ce que je faisais systématiquement avant de charger un plateau, c'était de le retourner. La face qui était en haut dans la pile a pris la lumière et souvent un peu de gris ; celle du dessous est plus claire, parfois plus saine. Les deux faces d'une même planche ne se ressemblent pas. Le choix se fait ce jour-là, et une fois la table montée il n'existe plus.

Patrice Bouhelier

Quarante ans en scierie dans le Haut-Doubs, dont vingt-six à l'affûtage. Il écrit l'atelier tel qu'il tourne.

Ne prescrit aucune essence ni aucun traitement. Ne donne jamais de prix. Sur les normes — classement de résistance, marquage des sciages — il cite le texte et renvoie à l'organisme, il ne l'interprète pas. Il n'est ni ingénieur bois, ni expert forestier, ni technicien de contrôle.

La page de Patrice →
Trois questions

La largeur, c'est l'arbre qui la fixe

  1. 1. Pourquoi la planche qui contient le coeur convient-elle mal à un plateau d'un seul tenant ?

  2. 2. Que désigne un nœud sautant ?

  3. 3. Pourquoi la largeur utilisable est-elle bien inférieure au diamètre annoncé ?

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