Une planche de rive ferme le bout des chevrons. Elle est posée de champ, verticale, elle suit le débord du toit sur toute sa longueur, et c'est souvent elle qui porte les crochets de gouttière. Elle prend l'eau deux fois : celle qui glisse de la couverture, et celle que la gouttière lui renvoie le jour où la gouttière est pleine de feuilles. Sur les déposes dont on m'a ramené le bois, c'était presque toujours la même pièce qui était morte en premier.
Une pièce longue, mince, et posée debout
La largeur d'une planche de rive suit le bout du chevron. Elle le couvre, plus le débord de la couverture au-dessus. C'est pour ça qu'on ne peut pas répondre à un client qui demande « une rive » sans savoir sur quoi elle se visse.
L'épaisseur, c'est autre chose. On sciait le plus souvent dans du 27 brut, qui descend vers 22 après rabotage. Du 22 brut existe aussi et donne une pièce plus mince, plus légère à monter à l'échelle, et qui vrille davantage sur les grandes longueurs. J'ai vu les deux passer dans l'atelier la même semaine, pour deux couvreurs qui ne travaillaient pas pareil.
Ce qui commande vraiment, c'est la longueur. Une rive de 3 mètres se trouve dans n'importe quel plot. Une rive de 5 mètres en une seule pièce, saine, sans nœud sautant en son milieu, ça se cherche dans la pile et ça se paye en temps de tri. Quand on n'avait pas la longueur, on coupait en deux, et le joint tombait à l'aplomb d'un chevron. Un joint en bout posé dans le vide entre deux chevrons finit toujours par s'ouvrir en biais.
Le profil : congé, rainure, chanfrein
Une planche de rive brute de sciage se pose telle quelle. Beaucoup sont usinées, et c'est là que le vocabulaire se complique. Le congé, c'est l'arrondi qu'on donne à l'arête basse pour que la goutte se décroche au lieu de revenir sous la planche. La rainure, c'est une gorge creusée en sous-face, dans le même but : l'eau qui rampe arrive au bord de la gorge et tombe.
Ces deux usinages ne servent que dans un sens. J'ai récupéré une rive déposée qui avait été montée à l'envers, congé vers le haut. L'eau était rentrée par la rainure et y était restée. Le bois était noir sur toute la longueur de la gorge et sain à dix centimètres au-dessus.
Tous les ateliers ne font pas ces usinages. Une rive avec congé, rainure et chanfrein sur l'arête haute demande une moulurière et quelqu'un devant. Quand une demande de devis part à trois hangars, c'est souvent là que les réponses divergent : l'un usine, l'autre vend brut et laisse le couvreur se débrouiller sur place.
Par où ça part
Les bouts d'abord. Une coupe fraîche boit par la fibre, beaucoup plus vite qu'une face rabotée. Sur une rive raboutée ou coupée en angle dans un coin de toit, il y a deux bouts qui se regardent, et l'eau s'installe dans l'assemblage. C'est le premier endroit où j'ai vu le bois se piquer.
La sous-face ensuite. Une planche de rive a une face qui voit le soleil et sèche entre deux averses, et une face plaquée contre le chevron ou contre le lambris de sous-face, qui ne voit rien. Elle reste humide plus longtemps. Un bois monté encore vert entre les deux ne sèche jamais complètement de ce côté-là.
Puis le contact du métal. Un crochet de gouttière vissé dans du chêne humide laisse une trace noire autour de la vis en quelques jours, le tanin travaille contre l'acier. Sur du résineux la tache est moins spectaculaire, mais la vis qui rouille finit par prendre du jeu dans son trou, et une rive qui bouge de deux millimètres à chaque coup de vent ouvre ses joints toute seule.
Enfin l'arrière de la gouttière. Là où la gouttière est en appui contre la planche, il n'y a pas d'air. J'ai démonté une rive de sapin qui était impeccable sur toute sa hauteur visible et spongieuse sur les six centimètres cachés derrière le fer-blanc.
Sapin, résineux, et ce qui n'est pas du bois
On sciait surtout du sapin et de l'épicéa pour la rive. C'est ce qui rentrait dans le hangar et c'est ce que les couvreurs demandaient. Le sapin dit du Nord, on en revendait aussi, il arrivait déjà scié et déjà sec. Le mélèze et le douglas passaient pour d'autres emplois et se retrouvaient parfois en rive quand quelqu'un voulait garder le bois nu sans finition.
Je ne dis pas quelle essence prendre. Ce que j'ai vu, c'est que les rives qui duraient sur un même bâtiment étaient celles qui étaient ventilées par-derrière et dont les bouts avaient été repris avant montage. Deux planches de la même pile, sur deux maisons, ne vieillissent pas pareil selon le débord de toit qu'elles ont au-dessus d'elles. Un débord court expose la rive à toute la pluie battante. Un débord long la met à l'abri, et ça se voit à l'œil au bout de dix ans.
Il existe des rives en PVC, et des habillages cellulaires vendus en longueurs fixes, avec une référence au catalogue et des modes de livraison. Ça ne sort d'aucune scierie. On n'en a jamais eu une longueur en stock, on n'a jamais su qui les posait, et je n'ai rien à en dire.
Sur le classement des sciages et sur le marquage des bois de construction, il y a un texte et un organisme qui le tient. Je renvoie aux deux. Je n'ai jamais eu à l'appliquer moi-même sur une planche de rive et je ne vais pas expliquer ici ce qu'il dit.
Trouver quelqu'un qui la scie à la bonne longueur
Le relevé Sirene du 22 août 2026 donne une idée de ce qui reste sur le terrain. La part d'établissements de sciage cessés va de 9,7 % dans un département à 59,3 % dans un autre, avec une médiane de 26,9 % sur les 85 départements qui comptent au moins quinze immatriculations. Autrement dit, le parc d'ateliers n'est pas le même d'une région à l'autre, et la longueur qu'un hangar peut sortir non plus.
C'est la question qui décide de tout au téléphone. Pas l'essence, pas la finition : la longueur maximale que la ligne peut débiter et ce qu'il y a de sec sous le hangar ce jour-là. Un atelier qui débite du résineux de charpente à longueur de semaine a du 27 en stock. Il ne l'a pas forcément en 5 mètres droits sans flache.
Je n'ai jamais posé une planche de rive sur un toit. Je n'y monte plus et je n'y montais déjà pas beaucoup. Ce que je peux dire s'arrête au moment où la pièce quitte le parc, sur un plateau de camion, avec ses bouts encore frais. Ces bouts-là, on les badigeonnait quand le bois partait vert. Ça n'a jamais empêché personne de recouper vingt centimètres à l'arrivée, et c'est justement pour ça qu'on le faisait.
Patrice Bouhelier
Quarante ans en scierie dans le Haut-Doubs, dont vingt-six à l'affûtage. Il écrit l'atelier tel qu'il tourne.
Ne prescrit aucune essence ni aucun traitement. Ne donne jamais de prix. Sur les normes — classement de résistance, marquage des sciages — il cite le texte et renvoie à l'organisme, il ne l'interprète pas. Il n'est ni ingénieur bois, ni expert forestier, ni technicien de contrôle.
La page de Patrice →Ce que prend une planche de rive
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1. Que ferme une planche de rive ?
Posée de champ, elle porte souvent les crochets de gouttière, et sa largeur se règle sur le bout de chevron qu'elle recouvre.
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2. À quoi sert la gorge creusée en sous-face d'une planche de rive ?
Sur une rive déposée qui avait été montée à l'envers, l'eau était entrée dans la gorge et le bois était noir sur toute sa longueur.
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3. Que provoque un crochet de gouttière vissé dans du chêne humide ?
Le tanin travaille contre l'acier, alors que sur du résineux c'est plutôt la vis qui rouille et qui finit par prendre du jeu.
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