La dalle avait été coulée par quelqu'un d'autre, avant que je passe. Elle était belle, lissée, et elle penchait vers le fond du garage au lieu de pencher vers l'entrée. Une voiture qui rentre mouillée, en Bretagne, ce n'est pas une exception. L'eau descendait au fond, elle stagnait le long du mur arrière, et au bout de deux hivers le bas des montants de ce mur-là avait changé de couleur. Le reste de l'ossature n'avait rien.
Un garage en bois se raconte toujours par son toit et par sa porte. Il se joue au ras du sol. C'est par là que j'ai pris l'habitude de commencer, sur les derniers que j'ai suivis.
Ce qu'un garage n'est pas
Ce n'est pas une petite maison. Il n'est pas chauffé, il n'est pas isolé la plupart du temps, il n'a pas de VMC, et il reçoit tous les jours un objet froid et couvert d'eau qu'on referme derrière. L'air à l'intérieur passe l'hiver plus humide que dehors, et il se condense sur ce qui est froid : le dessous d'une couverture, un dormant métallique, un mur qui donne sur la terre.
Sur les garages que j'ai vus revenir, les désordres n'étaient jamais dans la charpente. Ils étaient en pied de montant, sous la porte, et sous la couverture, aux trois endroits où l'eau s'arrête au lieu de passer.
La dalle décide de la suite
La lisse basse d'une ossature repose sur la dalle. Tout ce qui touche cette lisse touche le bois. J'ai vu des dalles arasées trop bas par rapport au terrain, avec des gravillons qui remontaient contre le bardage à chaque pluie, et j'ai vu des dalles bien plus hautes que le terrain, où rien n'a jamais bougé.
Ce que je regardais avant de commander : le niveau de la dalle par rapport au sol fini autour, la pente réelle avec un niveau posé dans trois directions, et ce que devient l'eau à la sortie du garage. Une dalle plate reste plate quand il pleut. Une dalle qui rend l'eau vers l'extérieur n'a pas de mémoire.
Le NF DTU 31.2 traite de la construction de maisons et bâtiments à ossature en bois. Je donne la référence, je ne la commente pas ; les dispositions y sont écrites par ceux dont c'est le métier.
Commander : kit, madriers, ou liste de débit
Trois façons d'arriver au même bâtiment, et je les ai vues faire toutes les trois.
Le garage bois en kit arrive numéroté, avec sa notice. On monte vite, on ne discute rien, et les dimensions sont celles de la gamme. Le garage en madriers empilés est un autre principe : les madriers bois se croisent aux angles et font mur à eux seuls, sans ossature ni bardage. Le bois y travaille en hauteur, ce qui change tout dans la façon dont les menuiseries sont posées.
L'ossature bois sur mesure demande le plus de travail en amont et donne la plus grande liberté. On écrit une liste de débit, on la donne à scier, et on monte. C'est ce que j'ai le plus fait, y compris pour un garage double avec un coin d'atelier et un espace de rangement pour les outils de jardinage au fond.
Un mot sur ceux qui scient. Le relevé Sirene d'août 2026 compte 4 346 établissements de sciage enregistrés, dont 3 154 actifs et 1 191 cessés, soit 27,4 % des immatriculations. Le carnet d'adresses qu'on avait il y a cinq ans n'est plus tout à fait bon. Je rappelais avant d'écrire ma liste, pas après.
Les murs se montent à plat
Un pan de mur d'ossature s'assemble au sol, à plat, sur la dalle elle-même. Les montants, les traverses, les chevêtres de baies, l'équerrage à la diagonale, et le panneau de contreventement cloué par-dessus. Puis on lève.
C'est le moment le plus court et le plus bête du chantier. Un pan de mur de garage à plat, c'est encore léger. Le même pan levé et pas encore contreventé sur les deux autres murs, c'est une voile. J'ai eu un pan qui s'est couché sur mes étais un jour de vent d'ouest, à deux personnes, parce que j'avais voulu finir avant la pluie. On n'a rien cassé sauf un montant. Depuis, je posais mes étais provisoires avant de lever et pas une fois le mur debout.
L'aplomb des murs se règle à ce moment-là, aux étais, et jamais après. Un garage carré au sol qui se ferme mal sur ses diagonales se voit ensuite sur la porte, qui est la pièce la moins tolérante de tout le bâtiment.
La toiture et la grande ouverture
Toit plat ou deux pentes, ça change ce qu'on voit et ça change surtout ce qu'on entretient. Sur un garage à toit plat, l'étanchéité est faite d'une membrane, souvent en EPDM, posée par quelqu'un dont c'est le métier. Ce n'est pas le mien et je n'y touche pas. Ce que j'ai vu, en revanche, ce sont des toits plats sans débord du tout, où l'eau reprend la façade sur toute sa hauteur, et le bardage dessous n'a pas vieilli comme celui d'une maison à grand débord.
La grande ouverture, elle, se prépare tôt. La largeur utile de passage n'est pas la largeur du trou dans le mur : une porte sectionnelle mange du côté et du plafond, une porte battante a besoin de son débattement dehors. Le chevêtre qui reprend la charge au-dessus de cette ouverture se calcule. Je ne le calcule pas, je n'ai jamais eu à le faire, et quand j'ai eu un doute j'ai transmis le plan à quelqu'un dont c'est le travail.
Les fenêtres, les châssis de toit et le vitrage se placent en pensant à l'établi. Un garage sans lumière naturelle devient un espace de stockage, jamais un atelier.
Le bardage d'un garage prend plus que celui d'une maison
Le bas de façade est près du sol, souvent près du gravier, souvent au bord de l'endroit où on passe la tondeuse. Les projections remontent, et je les ai retrouvées en traces régulières sur le premier tiers de lame, à trois ans, sur un pignon de garage qui donnait sur une allée en cailloux.
Les débords sont plus courts que sur une maison. Le haut de façade prend donc davantage, et l'écart de teinte entre le haut et le bas se creuse plus vite. Sur un garage, personne ne le remarque avant la troisième année, parce que personne ne regarde son garage.
Je ne parle pas ici de la déclaration préalable ni de ce que le PLU autorise en implantation, en hauteur ou en aspect. Ça se règle en mairie, avec le règlement sous les yeux, et je n'ai aucune qualité pour dire ce qu'il permet chez vous. Le raccordement électrique non plus.
Ce que je faisais toujours avant de fermer les murs : passer une gaine vide de l'ossature jusqu'au fond du garage, et laisser un tire-fil dedans. Elle ne sert à rien le jour du chantier. Elle sert cinq ans après, quand quelqu'un veut un point lumineux au-dessus de l'établi et n'a pas envie de rouvrir un bardage pour l'avoir.
Soazig Guennou
Quinze ans de chantiers bois en Bretagne. Ossature, bardage, extensions. Elle écrit ce que le bois devient une fois posé.
Ne commente aucun DTU : elle le nomme et renvoie au texte. Ne dimensionne aucune structure — ce n'est pas un bureau d'études. Ne donne pas de prix. Elle n'est ni architecte, ni ingénieure structure, ni bureau de contrôle.
La page de Soazig →Un garage en bois se joue au sol
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1. Sur les garages revus après quelques années, où se trouvaient les désordres ?
Ces endroits ont un point commun, l'eau s'y arrête au lieu de passer.
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2. Qu'est-ce qui rend l'air d'un garage plus humide que l'air extérieur en hiver ?
Cette humidité se condense ensuite sur ce qui est froid, le dessous d'une couverture ou un dormant métallique.
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3. Que se passe-t-il quand un pan de mur est levé avant que les étais soient en place ?
Un pan encore à plat reste léger, une fois debout et pas tenu par les deux autres murs il prend tout le vent.
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