Sur une extension en ossature bois, façade ouest, j'ai déposé un bardage vertical qui avait deux hivers. Les tasseaux horizontaux étaient vissés à plat, directement sur le pare-pluie. Le dessous de chaque tasseau était noir, et le pare-pluie gardait la trace de l'eau arrêtée là, une ligne après l'autre, sur toute la hauteur. Depuis la rue, la façade était belle. Personne n'avait rien vu.
C'est tout le problème de la pose verticale. Les lames descendent dans le sens de l'eau, mais l'ossature qui les porte, elle, est couchée en travers. Une pose horizontale pardonne cette approximation ; une pose verticale, non.
Le pare-pluie avant qu'on parle de lames
Je posais le pare-pluie en partant du bas, chaque lé recouvrant celui du dessous, pour que l'eau qui descend passe par-dessus le joint et jamais dedans. La valeur du recouvrement est sur la notice du rouleau, je la lisais là et pas ailleurs.
Le temps ne se perd pas en pleine façade. Il se perd aux tableaux de baies, aux traversées de conduits, aux platines de descente d'eau. C'est aussi là que j'ai vu passer l'eau, à peu près à chaque fois. Sur mes premiers chantiers je découpais le pare-pluie au cutter contre le dormant, bien droit, bien propre, et je remontais rien du tout dans le tableau. À trois ans, le bois d'encadrement avait bu.
Le DTU 41.2 traite des revêtements extérieurs en bois. Les dispositions de mise en œuvre y sont écrites, je renvoie au texte plutôt que de le raconter de mémoire.
Deux plans de tasseaux, pas un seul
Une lame verticale se cloue ou se visse sur des tasseaux horizontaux. Si ces tasseaux touchent le pare-pluie sur toute leur longueur, ils font barrage : ils arrêtent l'eau qui descend et ils coupent la lame d'air. D'où le premier plan, vertical, plaqué contre le pare-pluie au droit des montants, et le second, horizontal, vissé par-dessus. L'eau descend entre les deux, l'air aussi.
J'ai fait l'économie de ce premier plan sur une de mes premières façades verticales. Un seul lit de tasseaux, posé à l'horizontale, parce que ça allait plus vite et que le pignon n'était pas très exposé. Deux ans après, les extrémités des tasseaux étaient molles au tournevis. J'ai rouvert, j'ai tout refait, et j'ai payé les lames de ma poche.
Je ne donne pas ici de section de tasseau ni d'écartement : ce n'est pas mon métier de dimensionner, et le texte s'en charge.
Le bas de façade, par où l'air entre
En pied de bardage, je laissais l'ossature ouverte et je fermais avec une grille perforée, pliée sur le chant du tasseau, pour que les bestioles ne montent pas dans la lame d'air. Une grille, pas une bavette pleine : une bavette pleine, j'en ai vu qui bouchaient tout, et la façade au-dessus séchait deux fois moins vite.
La hauteur libre entre le sol fini et le bas des lames est dans le DTU 41.2. Je la relisais avant chaque chantier au lieu de me fier à l'habitude, parce que l'habitude, en Bretagne, se prend sur des terrains qui ne se ressemblent pas.
Le bout de lame vers le bas, je le coupais en léger biais et je le laissais brut, jamais peint en bout. Un about d'aplomb retient une goutte ; un about en biais la lâche.
La première lame, et l'aplomb qu'on ne rattrape jamais
Avant de visser quoi que ce soit, je reportais la largeur des lames sur toute la façade, à la latte, en partant de l'angle le plus visible. Ça prend une demi-heure et ça évite de finir sur un fil de lame large comme deux doigts, juste au-dessus de la porte d'entrée. Une façade verticale se lit par ses verticales : la dernière lame refendue se voit de loin.
La première lame se pose au fil à plomb, pas au niveau posé sur le mur. Sur un mur ancien, le mur ment. Si elle part de travers d'un millimètre par mètre, la dixième est dehors et vous le voyez au soleil rasant.
Vous avez déjà regardé une façade de biais, en fin de journée, quand la lumière arrive presque à plat sur les lames ?
Fixations, angles, baies, et le haut
Le mode de fixation dépend du profil, et le profil se choisit avant, pas la visseuse à la main. Une claire-voie se visse en apparent, une rainure-languette se fixe dans la languette et la vis disparaît. J'ai vissé en inox pendant quinze ans. Les pointes ordinaires, je les ai vues repartir en larme noire sous chaque tête, à trois ans, sur du douglas laissé naturel, et ça ne s'enlève pas.
Aux angles, je travaillais soit avec un couvre-joint rapporté, soit avec deux lames d'about assemblées. La coupe d'angle jointive, je l'ai essayée : à deux étés, le joint s'ouvre et on voit le tasseau au fond. Autour des baies, je posais l'encadrement avant les lames de champ, pour couper la lame contre l'encadrement et pas l'inverse. En haut, sous le débord, je laissais la même ouverture qu'en bas, grillagée pareil, sinon l'air entre et ne ressort pas.
Ce que je vérifiais en dernier, avant de descendre l'échafaudage : le dos de la main sous le débord, en haut de façade. Si l'air ne passe pas, quelque chose est bouché plus bas, et ce n'est jamais le moment de le découvrir six mois plus tard.
Je ne parle pas ici du choix de l'essence, ni des profils, ni de ce qu'un projet de bardage change à un permis : la couleur et l'aspect d'une façade se regardent en mairie, avec le règlement d'urbanisme sous les yeux, et ce n'est pas moi qui vais vous dire ce qu'il autorise. Sur une pose neuve, j'ai gardé les chutes de lames verticales dans une caisse, à l'atelier. Elles y sont toujours.
Soazig Guennou
Quinze ans de chantiers bois en Bretagne. Ossature, bardage, extensions. Elle écrit ce que le bois devient une fois posé.
Ne commente aucun DTU : elle le nomme et renvoie au texte. Ne dimensionne aucune structure — ce n'est pas un bureau d'études. Ne donne pas de prix. Elle n'est ni architecte, ni ingénieure structure, ni bureau de contrôle.
La page de Soazig →L'aplomb qui ne se rattrape jamais
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1. Que se passe-t-il quand des tasseaux horizontaux sont vissés à plat directement sur le pare-pluie ?
Le dessous des tasseaux devient noir et le pare-pluie garde la trace de l'eau arrêtée là, une ligne après l'autre sur toute la hauteur.
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2. Que change un about de lame coupé en léger biais par rapport à un about d'aplomb ?
Un about d'aplomb garde une goutte suspendue en bas de lame, et elle reste là assez longtemps pour marquer le bois.
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3. Pourquoi la première lame se pose-t-elle au fil à plomb plutôt qu'au niveau appuyé sur le mur ?
Au soleil rasant, une façade verticale se lit par ses verticales, et l'écart se voit de loin.
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