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Parquet massif posé en chevrons

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PARQUET · 2026-10-12 · 5 min de lecture

Le parquet chevron massif, et le temps qu'il demande

Le temps qu'un parquet chevron massif prend avant, pendant et après la pose, du tri des lames au dernier ponçage, et l'erreur d'axe que j'ai faite dessus.

Soazig GuennouLe bois une fois qu'il est posé · Quimperlé (Finistère)
Sa page

Un séjour de forme allongée, chêne massif, motif chevron, et moi avec le calepinage sur les genoux. J'ai tracé l'axe le long du plus grand mur, parce que c'était le plus grand et que ça m'a paru évident. Ce mur n'était pas d'équerre avec celui qu'on voit en entrant. L'écart tenait dans l'épaisseur de deux doigts sur toute la longueur de la pièce, ce qui n'est rien sur un mur et beaucoup sur un motif. À l'autre bout, les pointes des chevrons mouraient dans le mur en biseau, de plus en plus large. Personne n'a rien dit. Moi je le vois encore.

L'onglet en bout, c'est là que tout se joue

Un parquet bâton rompu est fait de lames à bouts carrés, posées à angle droit l'une de l'autre, décalées d'un demi-pas. Le dessin avance en marches d'escalier.

Un parquet chevron, celui que beaucoup appellent parquet point de Hongrie, est fait de lames coupées d'onglet en bout. Les deux branches se rejoignent en pointe et forment une ligne continue le long d'un axe. Le dessin est plus tendu, il file, et il ne pardonne rien : une pointe décalée se voit, une ligne qui dérive se voit encore mieux.

Cette coupe d'onglet ne se fait pas sur le chantier. Elle se fait à l'usinage, en série, sur des lames rainurées et languetées, et c'est ce travail-là qui sépare une lame de chevron d'une lame de parquet ordinaire. Quand j'ai cherché qui le faisait, j'ai eu au téléphone des ateliers courts. Sur les établissements de sciage qui déclarent au moins un salarié, 60,9 % en emploient moins de dix, d'après le relevé Sirene du 22 août 2026. À cette taille, la personne qui répond est souvent celle qui fait tourner la machine, et la conversation va vite.

Une lame droite, une lame gauche

C'est le point que je n'avais pas compris sur mon premier chevron. Les lames vont par deux : une branche qui part vers la droite, une qui part vers la gauche. Elles sont coupées en miroir et elles ne sont pas interchangeables.

Un lot arrive donc en deux moitiés. Si vous entamez l'une des deux plus vite que l'autre, en recoupant sans réfléchir contre un mur, vous vous retrouvez avec un tas d'une main et rien de l'autre. J'ai vu un chantier s'arrêter deux semaines pour cette raison, en attendant un complément qui ne venait pas du même débit et qui ne faisait pas tout à fait la même teinte.

Depuis, sur les calepinages que je fais pour des confrères, je compte les deux mains séparément et j'écris les deux nombres sur le plan. Deux chiffres, pas un.

Le temps d'avant, celui qu'on croit pouvoir sauter

Les paquets passent quelques jours à plat dans la pièce où le parquet va vivre, chauffage en route. Ça, c'est vrai pour tout le massif.

Ce qui est propre au chevron, c'est le tri. À chaque pointe, deux lames se touchent, côte à côte, dans le même champ de vision. Une différence de teinte entre elles ne se voit pas une fois : elle se voit à chaque pointe, sur toute la longueur de l'axe, comme une ligne de zébrures. Sur un lot de chêne naturel, huilé ou verni, il y a des lames claires et des lames plus fauves, c'est normal, et le motif les met face à face.

Ce que j'ai fini par faire : ouvrir tous les paquets, étaler sur le sol de la pièce d'à côté, et répartir. Le geste, c'est de mélanger, pour que rien ne fasse paquet et qu'aucune zone du sol ne tire plus clair que le reste. Ensuite, une pose à blanc de quelques rangées de part et d'autre de l'axe, sans colle, sans clou, juste pour voir. C'est là qu'on découvre les choses, pas trois rangées plus loin.

Une journée entière, parfois, avant d'avoir fixé une seule lame. Est-ce que vous l'aviez comptée, celle-là ?

Le temps de la pose

L'axe se trace en premier, et il décide de tout le reste de la pièce. Le mien, je l'aurais tracé depuis la ligne de vue de la porte, pas depuis le plus grand mur. On le matérialise avec une règle ou un liteau vissé provisoirement, puis on monte les deux premières rangées de part et d'autre, en vérifiant chaque pointe. Tant que ces deux rangées ne sont pas droites, rien d'autre ne le sera.

Ensuite, ça avance rangée par rangée, et c'est plus lent qu'une pose à coupe droite. Chaque lame se présente, s'emboîte par sa rainure, se cale contre sa voisine. Il n'y a pas de longueur à rattraper en poussant : la longueur est donnée par l'usinage.

Les rives sont l'autre poste de temps. Contre chaque mur, le motif est coupé en biais, et aucune coupe ne ressemble à la précédente. J'ai vu des poseurs faire toute la surface centrale en deux jours et passer deux jours de plus sur le pourtour. Le chevron se pose collé en plein sur un support continu, ou cloué selon l'épaisseur et le support. Le NF DTU 51.2 traite des parquets collés, le NF DTU 51.1 des parquets cloués. Je les nomme et je renvoie au texte.

Le temps d'après, celui du ponçage

Sur un parquet à coupe droite, la ponceuse suit le fil et tout va dans le même sens. Sur un chevron, le fil part dans deux directions qui alternent à chaque lame. Un passage en ligne droite caresse la moitié des lames dans le bon sens et rebrousse l'autre moitié.

Le ponceur avec qui j'ai travaillé le plus longtemps attaquait en diagonale dans un sens, reprenait en diagonale dans l'autre, et ne finissait que dans un troisième temps. Ça prend plus de temps qu'un sol droit, et ça se voit quand ce n'est pas fait : un moiré apparaît, invisible à midi, évident quand la lumière rentre à plat par la fenêtre en fin d'après-midi. Sur un sol verni, ce moiré est pris sous le vernis et il y reste.

La finition ajoute ses propres délais. Une huile se passe, se laisse pénétrer, s'essuie. Un vernis demande des couches et un égrenage entre elles. Pendant tout ce temps, la pièce est inutilisable et le chantier tourne autour.

Ce que je ne traite pas ici

Le chevron existe aussi en contrecollé, en stratifié et en décor imprimé. Je n'en ai pas posé et je n'ai aucun recul dessus. Ce que je raconte concerne le massif, une lame de bois d'un bout à l'autre de son épaisseur, celle qui sort d'une scierie et repart chez un usineur.

Une dernière chose, apprise sur le chantier du séjour allongé. Maintenant, avant de tracer quoi que ce soit, je vais me planter dans l'embrasure de la porte, celle par laquelle les gens entrent tous les jours, et je regarde le sol. C'est de cet endroit-là que le motif sera jugé pendant vingt ans. Le plus grand mur de la pièce, lui, personne ne le regarde jamais.

Soazig Guennou

Quinze ans de chantiers bois en Bretagne. Ossature, bardage, extensions. Elle écrit ce que le bois devient une fois posé.

Ne commente aucun DTU : elle le nomme et renvoie au texte. Ne dimensionne aucune structure — ce n'est pas un bureau d'études. Ne donne pas de prix. Elle n'est ni architecte, ni ingénieure structure, ni bureau de contrôle.

La page de Soazig →
Trois questions

Le chevron et les heures qu'il prend

  1. 1. Qu'est-ce qui distingue une lame de chevron d'une lame de parquet ordinaire ?

  2. 2. Pourquoi un lot de chevron arrive-t-il en deux moitiés ?

  3. 3. Que donne un ponçage mené en ligne droite sur un chevron ?

Les réponses sortent du texte ci-dessus. Rien n'est enregistré, aucun score ne quitte votre navigateur.

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