On a rouvert une façade de quatre ans pour reprendre une fuite de descente d'eau. Le bardage vertical était en douglas, bien gris, régulier, rien à dire vu du jardin. Au dos, les lames étaient sèches partout sauf sur une bande, juste au-dessus de chaque fenêtre, sur la hauteur d'une main. Là, le bois était sombre et il sentait. Un bandeau de finition avait été posé en travers, au-dessus des baies, et il fermait le passage.
L'eau qui descendait derrière les lames arrivait dessus et s'arrêtait. L'air aussi.
Trois eaux, et elles ne suivent pas le même chemin
La première est celle qui tombe sur la face des lames. Sur une pose verticale, elle descend dans le sens du fil, elle ne stagne nulle part, et elle est de loin la moins gênante. C'est la seule que les gens regardent.
La deuxième est celle qui passe derrière. Elle entre par les joints quand le vent la pousse à l'horizontale, par les abouts, par les recoupes autour des menuiseries. Elle est normale, elle a toujours existé, et une façade se conçoit avec elle. Ce qu'elle demande, c'est un chemin vers le bas et une sortie.
La troisième vient de l'intérieur. La vapeur d'eau traverse la paroi et se retrouve dans la lame d'air, où elle sèche si l'air bouge et où elle s'installe si l'air ne bouge pas.
Les trois se retrouvent au même endroit : entre le pare-pluie et le dos des lames. Ce volume de quelques centimètres fait tout le travail, et c'est le seul qu'on ne voit jamais une fois la façade finie.
L'ossature horizontale, un barrage à chaque étage
Une lame verticale se fixe sur des tasseaux horizontaux. Posés directement sur le pare-pluie, ces tasseaux coupent la descente de l'eau et coupent la circulation de l'air, sur toute leur longueur, autant de fois qu'il y en a. D'où le premier plan vertical plaqué contre le pare-pluie, et le plan horizontal vissé par-dessus : l'eau et l'air passent entre les deux.
Ça, c'est le principe, et il tient tant que rien ne le referme plus haut. Le problème d'une façade verticale n'est pas dans le champ libre. Il est aux endroits où quelque chose traverse à l'horizontale : le linteau d'une baie, un bandeau, une console de volet roulant, un changement de plan, une planche de finition posée parce que ça faisait plus net. Chacun de ces points recoupe la colonne d'eau et la colonne d'air.
Le NF DTU 41.2 couvre les revêtements extérieurs en bois et leurs dispositions de mise en œuvre. Je le nomme, je renvoie au texte, je n'en explique rien. Je ne donne pas non plus de section de tasseau ni d'épaisseur de lame d'air : ce n'est pas à moi de dimensionner.
Une entrée en bas, une sortie en haut, et rien entre les deux
Sur un chantier de pignon, j'ai fermé le haut de façade avec un bandeau plein, sous le débord, parce que la ligne était plus propre. En bas, la grille était là, l'air entrait. Il n'avait plus nulle part où sortir. Une colonne d'air fermée en haut ne tire pas, elle stagne, et le séchage de ce pignon a été mauvais pendant trois ans jusqu'à ce que je remonte l'échafaudage et que je rouvre.
Depuis, je regardais une façade comme un tuyau. Une entrée basse protégée des bestioles, une sortie haute de même ordre, et à chaque interruption horizontale, une reprise du chemin : l'eau qui redescend doit ressortir devant la lame, et l'air qui monte doit repartir au-dessus. Sinon, l'obstacle devient une gouttière fermée.
Vous avez déjà passé la main sous le bas d'un bardage vertical pour sentir si l'air y entrait vraiment ?
Les abouts, qui sont en haut et en bas
C'est la vraie différence avec une pose horizontale. En horizontal, les bouts de lame se retrouvent aux angles et contre les encadrements de baies, à l'abri relatif. En vertical, chaque lame présente un about en bas et un about en haut, et le bois boit par le bout du fil bien plus vite que par sa face.
L'about du bas reçoit les rejaillissements. Sur une maison avec un dallage clair au pied de la façade, j'ai vu la ligne des projections marquée sur toutes les lames à la même hauteur, à trois ans, comme si quelqu'un l'avait tracée. L'about du haut, lui, reçoit ce que le débord laisse passer, et si le débord est court, il en reçoit beaucoup.
Ce que j'ai vu tenir : des abouts coupés en léger biais, laissés respirer, jamais bouchés par une peinture ou par un profil qui referme. Un bout de fil scellé retient l'eau qu'il a déjà prise.
Ce qui coule, au sens propre
Le mot est dans le titre et il est à prendre littéralement. Certains bois relâchent leurs tanins les premiers mois, surtout sous la pluie battante. Sur une façade verticale, ces coulures descendent dans le sens des lames et se ramassent en bas, sur le soubassement. Sur un enduit clair ou sur un dallage clair, ça marque. Sur du châtaignier, j'ai vu des traînées brunes régulières apparaître le premier hiver et pâlir ensuite, sans que le bois ait le moindre défaut.
Le fer aussi coule. Une pointe ordinaire dans un bois tannique laisse une larme noire sous chaque tête, et sur une pose verticale cette larme descend en ligne droite sur toute la lame. Je vissais en inox et je n'ai jamais économisé là-dessus.
Un dernier point, celui du mur ancien. Sur une maçonnerie qui n'a pas de pare-pluie derrière elle et qui sèche par sa face extérieure, coller un bardage vertical change ce que le mur fait de son humidité. Je ne suis ni ingénieure ni bureau de contrôle et je ne me prononce pas sur un mur que je n'ai pas vu. Ce que je faisais, c'était appeler quelqu'un dont c'est le métier avant de commander les lames, pas après.
Le lot, et les longueurs
Une lame verticale court sur toute la hauteur d'un niveau, en une seule pièce quand on peut. Ces longueurs-là ne sont pas partout. Sur le relevé Sirene d'août 2026, 48 établissements de sciage actifs emploient cinquante salariés ou plus, et ils se concentrent dans les Landes, l'Ain, le Bas-Rhin, les Vosges, l'Ille-et-Vilaine et les Côtes-d'Armor. Le reste du parc est fait d'ateliers courts, avec ce que ça implique sur les longueurs disponibles un mardi matin en septembre. Je posais la question du stock et des longueurs avant de dessiner le calepinage.
Je ne traite pas ici du choix de l'essence, du douglas au mélèze au thermo-traité, ni de la pose à joint ouvert qui obéit à d'autres règles de fond. Ce que je vérifiais à trois ans, quand je repassais devant une façade que j'avais posée : le bas des lames, à genoux, l'ongle dans le bois de bout. S'il rentre, la façade parle de quelque chose qui s'est passé beaucoup plus haut.
Soazig Guennou
Quinze ans de chantiers bois en Bretagne. Ossature, bardage, extensions. Elle écrit ce que le bois devient une fois posé.
Ne commente aucun DTU : elle le nomme et renvoie au texte. Ne dimensionne aucune structure — ce n'est pas un bureau d'études. Ne donne pas de prix. Elle n'est ni architecte, ni ingénieure structure, ni bureau de contrôle.
La page de Soazig →Par où l'eau descend derrière les lames
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1. Pourquoi le dos des lames était-il sombre juste au-dessus de chaque fenêtre, sur cette façade rouverte à quatre ans ?
Chaque élément qui traverse une façade verticale à l'horizontale recoupe la colonne d'eau et la colonne d'air du même coup.
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2. Qu'arrive-t-il à une lame d'air fermée en haut par un bandeau plein, même avec une entrée basse ouverte ?
Sur un pignon monté ainsi, le séchage est resté mauvais pendant trois ans, jusqu'au jour où le haut a été rouvert.
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3. Qu'est-ce qui distingue la pose verticale de la pose horizontale du côté des abouts ?
Le bois boit par le bout du fil beaucoup plus vite que par une face, et celui du bas encaisse en plus les rejaillissements.
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