Une façade en claire-voie, vue de la route, ne montre rien. La même façade, vue depuis la terrasse un soir de juin, avec le soleil bas qui arrive de côté, montrait tout : on comptait les tasseaux à travers les joints, un par un, sur toute la hauteur. Le fond du joint était clair, il accrochait la lumière, et l'ossature se lisait comme une grille derrière les lames.
Personne ne s'en est plaint. Mais c'est là que j'ai compris ce que je regardais mal depuis des années. Une claire-voie ne se juge pas de face.
Le joint ne cache rien, c'est le fond qui cache
L'écart entre deux lames est un trou. Ce qui bouche ce trou, c'est ce qu'on a mis derrière : la membrane, le tasseau, le mur, ou le jardin du voisin s'il n'y a rien du tout.
Sur une pose en bardage à claire-voie, le fond du joint fait partie du dessin de la façade, autant que la lame. J'ai vu des ossatures secondaires peintes en noir mat avant la pose des lames, et la différence est réelle : le joint devient une ombre au lieu d'être une fente. J'en ai vu d'autres laissées telles quelles, avec un pare-pluie clair et des tasseaux en bois brut, et à trois mètres on voit la structure.
Alors la question, avant de poser la première lame : est-ce que quelqu'un regardera cette façade de biais, et à quelle heure ?
Ce que le soleil trouve au fond du joint
Voilà mon erreur, et elle m'a coûté cher en amour-propre. J'ai posé une claire-voie sur un mur d'ossature avec la membrane que j'avais l'habitude d'employer sous un bardage fermé. Quatre ans après, en rouvrant pour une reprise, la membrane était intacte partout sauf en bandes verticales régulières, exactement au droit des joints. À ces endroits, elle était cassante sous le doigt et elle avait déteint. Le soleil était entré par les fentes, tous les jours, à la même place.
Un bardage à joint fermé protège ce qu'il y a derrière. Une claire-voie, non : ce qui est au fond du joint reçoit la lumière, la pluie poussée par le vent et les écarts de température. Ça se choisit au moment de commander, pas au moment de visser. Le NF DTU 41.2 traite des revêtements extérieurs en bois. Je le nomme et je renvoie au texte, comme toujours.
Je ne donne ni valeur d'écart, ni section d'ossature secondaire. Ce n'est pas mon métier de dimensionner, et les fabricants de membranes écrivent ce que la leur accepte.
L'angle décide de tout
C'est la propriété qui rend la claire-voie intéressante, et celle que les images ne montrent jamais.
Une lame a une épaisseur. Regardée de face, le joint est ouvert et on voit au travers. Regardée de biais, l'épaisseur de la lame vient couvrir le joint de sa voisine, et le mur se referme. Avec des lames minces, l'effet est faible et on voit à travers presque partout. Avec des lames plus épaisses, ou posées sur chant, la paroi devient franchement directionnelle : opaque quand on marche le long, transparente quand on lui fait face.
Sur une clôture, ça se retourne dans les deux sens. Vous êtes caché quand vous longez, vu quand vous êtes en face. Vos voisins, eux, vivent dans l'autre configuration. J'ai vu des gens découvrir ça une fois la clôture montée, et ce n'est jamais un bon moment.
La nuit, tout s'inverse. Une claire-voie éclairée de l'intérieur devient une lanterne à barreaux. Sur une terrasse avec un éclairage bas, on voit les silhouettes passer d'un jardin à l'autre.
Ce qui passe au travers
Le vent, d'abord, et c'est plutôt une bonne nouvelle. Une paroi ajourée laisse filer une partie de l'air au lieu de tout encaisser. Sur les clôtures pleines que j'ai vues descendues par un coup de vent d'ouest, ce sont les poteaux qui ont cassé au pied, pas les lames. Une claire-voie prend moins. Elle ne coupe pas le vent pour autant, elle le hache, et une terrasse derrière une claire-voie n'est pas une terrasse abritée.
La pluie ensuite. Elle arrive directement sur ce qui est derrière, mur, membrane ou rien. En façade, c'est le point technique du système. En clôture, ça n'a aucune importance.
Les feuilles, la poussière, les toiles d'araignée. Un joint ouvert horizontal en attrape beaucoup plus qu'un joint vertical, parce que chaque lame offre un chant à plat où les choses se posent. À deux automnes, sur une claire-voie horizontale sous un chêne, chaque lame portait sa ligne de débris.
Et le regard, donc. C'est ce qu'on achète, et c'est ce qui se mesure le moins bien depuis un catalogue.
L'écart de février n'est pas celui d'août
Le bois bouge en largeur. Une lame posée en plein été, à son plus sec, gonfle l'hiver suivant et referme un peu le joint. Une lame posée en hiver, gorgée, fait l'inverse et le joint s'ouvre à la première canicule. J'ai vu une claire-voie changer d'allure entre deux visites, quelques millimètres par joint, ce qui suffit à modifier ce qu'on voit au travers.
L'essence et le débit entrent là-dedans. Une lame prise sur dosse, large, bouge davantage qu'une lame étroite. Sur un ouvrage dont l'intérêt tient au régulier des fentes, l'irrégularité se voit tout de suite.
Le grisaillement aussi est différent d'un bardage fermé. Chaque lame est exposée sur plus de faces, ses deux chants compris, et le vieillissement fait le tour de la pièce au lieu de s'arrêter à la face vue. Sur du douglas laissé naturel, ça donne un gris plus homogène qu'en pose jointive, et ça, c'est une bonne surprise.
Le bardage composite en claire-voie existe et il se comporte autrement. Je n'en ai pas posé, je n'ai pas de recul, je n'en parle pas. La hauteur d'une clôture, la limite de propriété, ce que le règlement d'urbanisme autorise : ça se règle en mairie et avec le voisin, avant les vis, et ce n'est pas moi qui vais vous dire ce qui est permis chez vous.
Ce que je faisais avant de valider une claire-voie avec quelqu'un : deux tasseaux vissés en travers de deux tréteaux, cinq ou six lames du lot posées dessus avec l'écart prévu, le tout planté dans le jardin à l'endroit du futur ouvrage. On le laissait là une journée. Le matin, on voyait une chose ; à sept heures du soir, une autre. Une demi-journée d'attente a fait changer d'avis plus de clients que tous les échantillons de couleur que j'ai pu poser sur une table.
Soazig Guennou
Quinze ans de chantiers bois en Bretagne. Ossature, bardage, extensions. Elle écrit ce que le bois devient une fois posé.
Ne commente aucun DTU : elle le nomme et renvoie au texte. Ne dimensionne aucune structure — ce n'est pas un bureau d'études. Ne donne pas de prix. Elle n'est ni architecte, ni ingénieure structure, ni bureau de contrôle.
La page de Soazig →Une façade qui change avec l'heure
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1. Dans un bardage à claire-voie, qu'est-ce qui cache réellement ?
Peinte en noir mat, une ossature secondaire transforme la fente en ombre. Laissée telle quelle derrière un pare-pluie clair, elle se lit comme une grille dès trois mètres quand le soleil arrive de côté.
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2. Qu'a montré l'ouverture d'une claire-voie posée quatre ans plus tôt ?
Quatre ans de lumière entrée par les fentes, toujours à la même place, ont eu raison de la membrane sur ces bandes-là. Le fond d'un joint ouvert reçoit aussi la pluie poussée par le vent et les écarts de température.
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3. Pourquoi une même clôture à claire-voie cache dans un sens et laisse voir dans l'autre ?
Celui qui longe la clôture reste caché, celui qui lui fait face voit au travers, et les voisins vivent l'inverse. La nuit, un éclairage bas retourne la situation et laisse passer les silhouettes.
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